Jeudi 23 avril, nous étions 47 personnes à participer à la journée de découverte de Pont-Aven organisée par l’association du Moulin Saint-Michel. Au départ du car, malgré l’heure matinale, chacun se réjouissait à la perspective d’une belle journée annoncée par un ciel dégagé et ensoleillé. En route, des incidents mécaniques répétés ont obligé notre chauffeur à s’arrêter par mesure de précaution et nous avons craint un moment de ne pas parvenir à destination. Après s’être assuré de la nature du problème technique déclenchant une alarme et de l’absence de risque d’une reprise de la conduite, notre chauffeur Benoît nous a menés à bon port après avoir informé le croisiériste local de notre retard et en gérant au mieux un moteur se bridant régulièrement.
Dès notre arrivée, nous sommes montés en bateau pour une descente de l’estuaire de l’Aven jusqu’à l’océan atlantique et l’embouchure du Belon. Pont-Aven est situé sur la rive droite de la rivière Aven à l’endroit où elle s’élargit en un estuaire de 7 Km, appelé ria, reliant le port à la mer et où se rencontrent les eaux douces et les eaux salées. L’Aven prend sa source dans les Montagnes Noires d’où elle descend à travers des chaos de blocs de granit qui ont favorisé l’installation de moulins à eau le long de son cours et valu à la cité de Pont-Aven le surnom de « ville des meuniers aux 14 moulins et 15 maisons ».
Les chaos granitiques et les vasières aux pieds des collines abruptes boisées le longeant ainsi que la barre de Port Manec’h à son embouchure rendent la navigation difficile dans l’estuaire de l’Aven et n’ont permis qu’un modeste développement économique de son port dans le passé. Aux 18ème et 19èmesiècles, des gabarres à fond plat et des petits bateaux caboteurs en partaient pour acheminer céréales, farine, cidre et pierres de taille vers Lorient, Quimper ou Nantes et y revenaient chargés de sel, sucre et charbon. Aujourd’hui, Pont-Aven n’est plus qu’un port de plaisance qui garde une trace de son passé marchand à travers les épaves d’anciens bateaux échoués à la sortie du port.
Lors de la croisière, nous avons pu apercevoir un moulin à marée, les châteaux du Hénan et du Poulguen, des mytiliculteurs au travail sur leurs élevages de moules installés dans le lit de la rivière ainsi que de nombreux oiseaux (aigrettes, hérons, mouettes…). Le rythme lent et paisible de la descente de l’estuaire s’est trouvé très chahuté dès le passage de la barre de Manec’h et la rencontre avec les vagues puissantes de l’océan atlantique. Après une brève longée de la réserve naturelle à l’entrée de la ria du Belon, nous avons remonté l’estuaire de l’Aven. Cette balade fluviale sous un beau soleil printanier a été très appréciée.
Après un repas partagé dans un restaurant du port, nous nous sommes répartis en deux groupes pour bénéficier tour à tour d’une visite guidée du musée et d’un temps de découverte libre de la ville.
Le musée dont l’exposition permanente est consacrée aux peintres de l’école de Pont-Aven, se situe dans l’annexe de l’hôtel Julia, ancien hôtel des voyageurs racheté par Julia Guillou en 1870. Cette annexe construite en 1900 permettait d’accueillir 250 convives à table et mettait à disposition des peintres salons et ateliers à verrière.
Les premiers touristes arrivèrent à Pont-Aven grâce au développement du chemin de fer qui desservait Quimper et Quimperlé. Ils y étaient attirés par la qualité du site, le pittoresque de la langue, des vêtements et des coutumes de sa population ainsi que par l’originalité de ses chapelles et calvaires. En 1864, le peintre américain Henri Bacon découvrit le village lors d’une étape d’un voyage en diligence vers la gare de Quimper et séduit, en parla à son ami le peintre Robert Wylie qui vint s’y installer dès 1865 et y forma avec quelques autres une petite colonie artistique américaine. Deux peintres français, Hippolyte Lalaisse en 1843 et Félix Jobbé-Duval en 1860 avaient précédemment découvert et peint ce lieu ; les « Bretonneries » étaient alors en vogue sur le marché de l’art.
Dans les années 1860-1870, la diversité des paysages, la modicité du coût de la vie, la qualité de l’accueil à l’hôtel Julia Guillou comme à la pension Gloanec et la bienveillante ouverture des habitants du cru prêts à servir de modèles incitèrent à venir en villégiature à Pont-Aven, à la suite des américains, de nombreux peintres originaires de toute l’Europe (dont la peintre Danoise Marie Luplau) lors de la fermeture estivale des académies de peinture parisienne ou à s’y installer durablement.
Les peintres français n’y vinrent qu’à partir des années 1880-1890. Paul Gauguin y fit son premier séjour en 1886 sur le conseil de son ami Emile Schuffenecker. Il y rencontra pour la première fois Emile Bernard avec lequel il créa lors d’une seconde venue en 1888 une autre manière de peindre. Les deux œuvres fondatrices de ce nouveau style de représentation qui allait donner naissance au synthétisme, nommé aussi école de Pont-Aven sont « Bretonnes dans la prairie » d’Emile Bernard et la « vision du sermon » de Paul Gauguin. Les caractéristiques de ce nouveau courant de peinture né en réaction au naturalisme et à l’impressionnisme sont : l’aplatissement de la perspective, le cerne noir et la simplification des formes, la suppression des détails pour faire ressortir l’essentiel du motif, des aplats de couleurs pures expressives et l’importance accordée à l’imaginaire. Emile Bernard comme Paul Gauguin ont reconnu une influence de l’estampe japonaise dans la création de leurs propres œuvres.
Les peintres de l’école de Pont-Aven regroupant des artistes indépendants mettant en commun leurs idées et dont nous avons pu admirer quelques œuvres sont Pierre Girieud (Hommage à Gauguin sous forme de cène), Paul Sérusier (les Porcelets avec sa ligne de partage entre couleurs claires et sombres), Georges Lacombe (breton portant un enfant et grotte à Camaret), André Jolly (les goémoniers avec écume représentée comme sur la vague d’Hokusaï), Paul Gauguin (village breton sous la neige), Charles Filiger (paysage), Mejer de Haan (Paysage à l’arbre bleu), Maxime Maufra (la crique volontairement inachevée), Emile Bernard (les baigneuses), Henry Moret ( rochers au bord de l’Aven), Emile Jourdan (la chapelle de Trémalo).
Sous l’impulsion de Paul Gauguin qui l’encourageait à représenter ce qu’il ressentait sans se soucier de la réalité, à ne pas hésiter à être excessif dans l’emploi des couleurs et à suivre sa propre intuition décorative comme symbolique, Paul Sérusier a réalisé en 1888 un petit tableau nommé « l’Aven au Bois d’amour » ou la « leçon de Gauguin » à l’origine d’un nouveau courant de peinture. Cette nouvelle manière de peindre issue des débats passionnés de Paul Sérusier avec ses amis de l’Académie Julian visait à fusionner le synthétisme avec une recherche décorative, symboliste et spiritualiste inspirée des arts asiatiques. Ce groupe de peintres a pris le nom de « Nabis » (prophètes en hébreu) et appelé à partir de ce moment-là le tableau « l’Aven au bois d’amour » fondateur de leur mouvement, « le talisman ». Cette œuvre a ouvert la voie vers l’abstraction. Les principaux représentants des Nabis sont Paul Sérusier, Maurice Denis, Edouard Vuillard, Félix Valloton et Xavier Ker-Roussel.
Avant ou après cette intéressante visite du musée menée tambour battant par notre guide, nous avons pu flâner dans les ruelles de Pont-Aven où de nombreuses biscuiteries côtoient les galeries de peinture ou sur la promenade Xavier Grall qui suit le cours de l’Aven jusqu’au bois d’amour.
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Le trajet de retour s’est fait dans un car de remplacement acheminé pendant la journée par le voyagiste et nous sommes rentrés à Saint-Quay sans encombre ravis de cette belle et enrichissante journée.
Un grand merci à Marie-Françoise Hydrio et à l’ensemble du bureau du conseil d’administration qui ont organisé cette excursion.
Rédactrice du compte-rendu de cette très agréable journée
Marie-Christine Marcon






































































































































































































Merci beaucoup au photographe et à la rédactrice du compte-rendu.
C’était une super journée.
Brigitte Bouillot
Bravo pour ce super reportage , détaillé et bien illustré que nous mettons dans nos archives prêts à le regarder de nouveau avec plaisir !
Remerciements admiratifs à la réalisatrice.
Un grand merci pour cet article et ces photos .Bonne soirée